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SND30 : Le déficit d’investissement atteint 44 432 milliards de FCFA

Francois Gael Mbala24 août 2026Mis à jour le 24 août 2026Temps de lecture 5 min
SND30 : Le déficit d’investissement atteint 44 432 milliards de FCFA
L'ECONOMIE

À mi-parcours de la stratégie de développement 2020-2030, le Cameroun accuse un écart équivalent à 50,4 % des besoins de financement évalués à 88 000 milliards de FCFA. Le taux d’investissement, lui, reste nettement inférieur aux objectifs fixés.

Le financement constitue l’un des principaux points de fragilité de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours élaboré par le Comité national de suivi-évaluation (CNSE), le différentiel entre les investissements attendus et les investissements réalisés sur la période 2021-2030 est estimé à 44 432 milliards de…

À mi-parcours de la stratégie de développement 2020-2030, le Cameroun accuse un écart équivalent à 50,4 % des besoins de financement évalués à 88 000 milliards de FCFA. Le taux d’investissement, lui, reste nettement inférieur aux objectifs fixés.

Le financement constitue l’un des principaux points de fragilité de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours élaboré par le Comité national de suivi-évaluation (CNSE), le différentiel entre les investissements attendus et les investissements réalisés sur la période 2021-2030 est estimé à 44 432 milliards de FCFA.

Ce montant représente 50,4 % des 88 000 milliards de FCFA de besoins de financement identifiés pour la mise en œuvre de la stratégie. Ce besoin global avait été évalué par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) en 2023, avec une forte concentration sur les infrastructures, le secteur rural, la santé ainsi que les industries et services.

Le constat du CNSE porte donc moins sur une enveloppe financière qui aurait été attribuée puis non décaissée que sur l’écart entre la trajectoire d’investissement retenue par la SND30 et celle effectivement observée ou anticipée.

Une trajectoire d’investissement déjà en retrait

La SND30 avait fixé une progression du taux d’investissement global, de 23,4 % en 2021 à 29 % en 2030. Cette hausse devait principalement être portée par le secteur privé, appelé à faire passer sa contribution de 20 % à 26 % du PIB.

L’investissement public devait, lui, se maintenir autour d’une moyenne de 3,1 % du PIB sur la période. Le recul attendu de sa contribution à partir de 2026 devait être compensé par une mobilisation accrue du secteur privé, notamment à travers les partenariats public-privé et le « project finance ». La trajectoire observée s’est cependant rapidement éloignée des objectifs. Le taux d’investissement réalisé s’est établi à 20 % en 2020, contre 24,7 % attendu, puis à 18 % en 2021, contre 23,4 % prévu.

Le rapport d’évaluation estime que, dans le scénario retenu, le taux pourrait atteindre seulement 23,8 % en 2030, contre l’objectif initial de 29 %. L’écart d’investissement s’inscrit ainsi dans une trajectoire de croissance économique elle-même inférieure aux ambitions de la stratégie.

Le bilan intermédiaire montre en effet que le PIB a progressé de 0,3 % en 2020, 3,3 % en 2021, 3,7 % en 2022 et 3,2 % en 2023, avant de remonter à 3,5 % en 2024 et 3,8 % en 2025. Ces performances restent très éloignées de l’objectif de croissance moyenne de 8,5 % retenu comme trajectoire intermédiaire de la SND30.

Le secteur privé ne compense pas encore

La stratégie reposait sur une montée en puissance du secteur privé pour prendre progressivement le relais de l’investissement public. Mais les données disponibles montrent que ce transfert n’a pas encore produit les effets escomptés.

Le financement de l’économie demeure notamment limité. Selon le bilan présenté à mi-parcours, le crédit au secteur productif représente 17,6 % du PIB, contre une cible de 23,2 %.

Les investissements directs étrangers constituent également un levier insuffisamment mobilisé. Le rapport relève leur progression limitée au regard des besoins de la SND30. Cette faiblesse réduit les possibilités de financement des grands projets sans accroître la pression sur les ressources publiques.

Or, dès 2023, le gouvernement estimait que les projets prioritaires de la SND30 nécessitaient environ 37 500 milliards de FCFA, à l’intérieur d’un besoin global de 88 000 milliards. Le Budget d’investissement public devait contribuer à hauteur de 37 500 milliards sur la décennie, le reste devant provenir notamment des partenariats public-privé et d’autres mécanismes de financement.

La dette pèse sur les arbitrages budgétaires

La capacité de l’État à dégager des ressources supplémentaires pour l’investissement est également affectée par le poids du service de la dette.

L’évaluation à mi-parcours relève que la structure des dépenses publiques s’est éloignée du profil initialement prévu par la SND30. En 2023, le secteur social représentait 17,71 % du budget, contre 22,80 % prévu. Le secteur productif se situait à 18,48 %, contre 22,80 % attendu, tandis que la gouvernance et la souveraineté représentaient 13,57 %, contre une prévision de 16,40 %.

À l’inverse, le service de la dette a absorbé une part supérieure aux prévisions. Il représentait 31,23 % du budget en 2024, contre 19,90 % prévu par la SND30. Cette structure limite mécaniquement les marges disponibles pour accélérer les investissements productifs.

Le financement domestique constitue un autre point de tension. Le taux d’épargne intérieure brute est passé de 16,46 % du PIB en 2021 à 14,97 % en 2024, selon le rapport d’évaluation. Cette évolution réduit la capacité de l’économie à financer ses propres investissements et renforce la nécessité de mobiliser des ressources extérieures ou des capitaux privés.

Les transferts de fonds de la diaspora constituent toutefois un point de résistance. Leur poids dans l’économie est passé de 0,82 % du PIB en 2020 à 1,60 % en 2023. Le CNSE considère ces flux comme un facteur pouvant jouer un rôle contre-cyclique et appelle à mieux les orienter vers l’investissement productif.

Un rattrapage difficile d’ici 2030

À mi-parcours, l’enjeu pour le Cameroun consiste désormais à réduire un déficit d’investissement qui ne pourra être résorbé par les seules ressources budgétaires.

Le gouvernement devra accélérer la mobilisation du capital privé, améliorer l’attractivité des investissements et renforcer les mécanismes de financement des projets structurants. Le recours aux PPP et au project finance, déjà prévu dans la SND30, apparaît à cet égard comme l’un des leviers de la seconde moitié de la stratégie.

Le rapport d’évaluation appelle lui-même à un « meilleur affinement de la stratégie d’attrait des investissements » de la SND30. Le constat est d’autant plus important que le différentiel de 44 432 milliards de FCFA ne constitue pas seulement un écart comptable : il traduit la difficulté du Cameroun à mobiliser, au rythme prévu, les capitaux nécessaires à la transformation structurelle de son économie.

À quatre années de l’échéance de la SND30, le défi n’est donc plus uniquement de financer les projets identifiés. Il est désormais de trouver les mécanismes capables de rapprocher la trajectoire réelle d’investissement de l’ambition fixée en 2020.

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Tags :Actualité du CamerounAfriqueCamerounCEMACSND30
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