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Economie

Import-substitution : Le Cameroun ne produit que 5 % des médicaments consommés sur son territoire

Francois Gael Mbala24 août 2026Temps de lecture 4 min
Import-substitution : Le Cameroun ne produit que 5 % des médicaments consommés sur son territoire
L'ECONOMIE

La production pharmaceutique locale ne représente que 5 % de la consommation nationale à fin 2025, tandis que 3,6 % seulement de la commande publique bénéficie aux fabricants locaux. Un retard qui maintient le Cameroun dans une forte dépendance aux importations et complique le déploiement de la Couverture santé universelle.

L’ambition d’import-substitution affichée par la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) reste largement à concrétiser dans l’industrie pharmaceutique. Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la stratégie relève que la production locale ne représente que 5 % de la consommation formelle nationale de médicaments. Cette offre repose sur huit unités de production.

Le constat est établi dans le chapitre consacré au secteur de la santé. Selon les données reprises du projet de Stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique locale (SNDIPHAL 2025-2030), le Cameroun reste en retrait par rapport à plusieurs pays africains. Au Sénégal par exemple, la production locale représente entre 10 et 15 % de la consommation, avec quatre unités de production, et 8 % en Côte d’Ivoire, dénombre 5 unités. L’écart est encore plus important avec la Tunisie, où 28 unités couvrent 45 % du marché, et le Maroc, où 40 unités assurent 65 % de la consommation.

Pour le Comité national de suivi-évaluation (CNSE), le retard camerounais ne tient pas uniquement au nombre d’unités industrielles. Le rapport relève notamment les difficultés de compétitivité auxquelles sont confrontés les producteurs locaux, en raison du coût élevé de plusieurs facteurs de production, notamment l’énergie, les droits de douane et le transport.

Cette faible capacité productive se traduit par une forte dépendance aux importations. Le rapport estime par ailleurs à 40 % la valeur des importations frauduleuses de médicaments et autres produits pharmaceutiques. Il y voit un indicateur de la fragilité du dispositif national de régulation du secteur. La commande publique constitue également un autre point de faiblesse. Selon le tableau comparatif présenté dans le rapport, seulement 3,6 % des achats publics de produits pharmaceutiques au Cameroun proviennent de la production locale. Cette proportion atteint 11,7 % en moyenne en Afrique, 25,3 % en Inde et 59,4 % dans l’Union européenne.

Le CNSE explique cette situation par le déficit de compétitivité de l’offre nationale, mais aussi par son inadéquation avec les besoins du système de santé. Sur les 473 références figurant dans la liste nationale des médicaments essentiels, la production nationale ne couvrait que 12,7 % des besoins en 2012, dernière donnée citée par le rapport sur cet indicateur. La SND30 vise pourtant à porter la part de la commande publique destinée aux producteurs locaux à au moins 33 % à l’horizon 2030.

La filière pèse moins de 0,5 % du PIB

Le retard apparaît également dans les agrégats macroéconomiques. Entre 2020 et 2023, la contribution des industries chimiques et pharmaceutiques au PIB est restée quasiment stable. Elle est passée de 0,5 % en 2020 à 0,48 % en 2023. Dans le même temps, les importations de produits chimiques représentaient 10,7 % des importations nationales en 2023, pour une valeur de 532 milliards de FCFA, en progression de 8,9 % sur un an. Les produits pharmaceutiques représentaient 31 % de cet ensemble.

Le rapport relève ainsi une situation paradoxale : alors que la demande de produits pharmaceutiques est largement satisfaite par les importations, l’industrie locale peine encore à accroître sa présence sur le marché.

Le gouvernement entend néanmoins inverser cette tendance à travers la SNDIPHAL 2025-2030. La stratégie vise à porter la part de la production locale dans la consommation nationale de médicaments de 5 % actuellement à 25 % en 2030. Elle prévoit également de ramener la part des importations frauduleuses de 40 % à 10 % sur la même période.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs mesures sont envisagées. Le rapport recommande notamment de renforcer les incitations en faveur des unités existantes, de développer une industrie pharmaceutique nationale et de faciliter l’accès aux intrants nécessaires à la production. Il préconise également d’exonérer à l’entrée les intrants destinés à la fabrication pharmaceutique et de contingenter les importations de médicaments produits localement.

Pour le CNSE, le développement de cette industrie constitue aussi un enjeu pour la Couverture santé universelle. Le rapport recommande de renforcer la capacité nationale de production afin de garantir la disponibilité des médicaments et dispositifs médicaux nécessaires au déploiement de la CSU. Le document propose notamment au ministère de la Santé publique de poursuivre les études technico-financières en vue de la mise sur pied d’une industrie pharmaceutique nationale. Il recommande également une coordination accrue avec le ministère en charge de l’Industrie sur le développement de la filière.

Des investissements ont déjà été engagés. Le rapport cite notamment l’extension et la modernisation de la Camerounaise industrielle de produits pharmaceutiques (CINPHARM), le développement d’Africure Pharmaceuticals avec des partenaires indiens et sud-africains ainsi que le rééquipement du Laboratoire national de contrôle de qualité des médicaments.

Ces initiatives restent toutefois à traduire dans les indicateurs de production. Avec une part de marché de seulement 5 % en 2025, l’industrie pharmaceutique camerounaise devra multiplier par cinq sa contribution à la consommation nationale pour atteindre la cible de 25 % fixée à l’horizon 2030.

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Tags :CamerounCEMACImport-substitution
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