Immobilier : La SIC prépare un triplement de son capital à 226,8 milliards de FCFA

Cette recapitalisation en nature, si elle est validée le 30 juillet 2026 par les actionnaires, viserait à muscler le bilan de l’entreprise pour séduire les investisseurs, malgré une trésorerie actuellement sous pression.
La Société immobilière du Cameroun (SIC) prépare une opération d’ampleur visant à porter son capital social de 75 à environ 226,8 milliards de FCFA, soit un apport supplémentaire de 151,821 milliards de FCFA. Convoqués en assemblée générale mixte le 30 juillet 2026 à Yaoundé, les actionnaires devront se prononcer sur cette augmentation, fondée non sur des liquidités fraîches mais sur l’apport en nature de 11 terrains représentant près de 407 hectares, attribués par l’État et répartis dans six régions : Centre, Littoral, Adamaoua, Nord, Extrême-Nord et Ouest.
Ces parcelles avaient déjà été formellement transférées à la SIC par décret, mais n’étaient ni évaluées ni comptabilisées à la clôture de l’exercice 2025. Leur valorisation constitue donc une étape préalable à leur inscription au bilan et à la réalisation effective de l’augmentation de capital. L’opération ne renflouera pas directement les caisses de l’entreprise, mais elle triplera son capital statutaire et gonflera ses capitaux propres, qui s’élevaient à 149,78 milliards de FCFA fin 2025.
Le Centre concentre plus de 90 % de la valeur
Quatre terrains situés dans la région du Centre (Nkolmeyos, Nkolntsam, Zoatoupsi et Bibey) représentent à eux seuls environ 136,85 milliards de FCFA, soit plus de 90 % du montant total retenu. Les deux plus importants sont ceux de Nkolntsam (63,04 milliards de FCFA pour 123,6 hectares) et de Zoatoupsi (50,73 milliards pour 163,6 hectares), tous deux dans l’arrondissement de Mbankomo : à eux seuls, ils concentrent près de 75 % de la valeur globale de l’opération. À l’inverse, les parcelles des régions septentrionales affichent des valeurs modestes, tandis que le terrain du Marché des fleurs à Douala se distingue par la valorisation au mètre carré la plus élevée : 202 500 FCFA.
Les documents de l’opération révèlent une divergence notable entre évaluateurs. La proposition initiale de Cameroon Audit Conseil chiffrait l’ensemble à 141,204 milliards de FCFA, contre 152,217 milliards selon les services techniques de la SIC, soit un écart de plus de 11 milliards de FCFA. Le désaccord est particulièrement marqué sur le terrain du Marché des fleurs à Douala, évalué à 1,74 milliard de FCFA dans la proposition initiale contre 8,59 milliards dans l’estimation révisée de la SIC, soit un rapport de près de cinq.
Le tableau final, arbitré après confrontation avec les valeurs mercuriales et les références de marché, retient 151,821 milliards de FCFA, légèrement en dessous de l’estimation de la SIC. Ces écarts soulignent l’importance du rapport du commissaire aux apports, chargé de justifier les méthodes et valeurs finalement retenues pour chacune des 11 parcelles.
Le défi de la conversion financière
Les résultats 2025 de la SIC sont en amélioration (un bénéfice net en hausse de 48 %, à 878,5 millions de FCFA) mais sa trésorerie nette s’est fortement contractée, passant de 7,47 milliards à 2,58 milliards de FCFA en un an. C’est là tout le paradoxe de cette recapitalisation. Pour que cette mécanique ne reste pas une simple consolidation de papier, la SIC devra sécuriser juridiquement ses titres, écarter tout risque de contentieux ou d’occupation illégale, et démontrer sa capacité à adosser des projets immobiliers solides à ce patrimoine pour convaincre les banques.
L’opération s’inscrit dans la continuité d’une première recapitalisation menée en 2020, qui avait porté le capital de la SIC de 1 à 75 milliards de FCFA, principalement par incorporation d’une plus-value de réévaluation du patrimoine bâti. Les attributions foncières à l’origine de la nouvelle opération se sont, elles, échelonnées entre 2023 et 2025, par une succession de décrets.
Le triplement du capital de la SIC marquerait une étape clé pour son assise financière, mais le plus dur resterait à faire. Pour réussir sa Vision 2040, qui prévoit la mobilisation d’environ 3 000 hectares pour de futurs programmes immobiliers, le bailleur public ne pourra pas se contenter d’une simple consolidation comptable sur le papier.
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