Guy Noël Londongo : « Les tarifs du Gimac ont été revus à la baisse dans quasiment tous les compartiments de l’interopérabilité »

Après le lancement officiel du QR code de paiement interopérable de la CEMAC par le gouverneur de la BEAC, le Groupement Interbancaire Monétique de l’Afrique Centrale a réuni l’ensemble de son écosystème (banques, microfinances, établissements de paiement, agrégateurs) pour un atelier de validation de sa nouvelle grille tarifaire. Une révision qui n’était plus intervenue depuis 2021 et qui vise à rendre les services de l’interopérabilité plus accessibles aux populations de la sous-région. Paiement marchand plafonné à 1 %, tarifs harmonisés entre carte, mobile et compte bancaire, dans un entretien exclusif avec L’Economie, le Directeur général du Gimac revient sur les grands équilibres de cette réforme et sur les prochaines étapes de sa validation.
Vous venez d’achever l’atelier de validation de la nouvelle grille tarifaire du GIMAC. Quel était l’objectif de cette initiative ?
Nous venons de discuter avec l’ensemble de l’écosystème de la révision de la grille tarifaire des services de l’interopérabilité. Il faut rappeler que la grille aujourd’hui en vigueur a été validée en 2021, donc cela fait plus de cinq ans. Il était donc temps de tirer les leçons de son application pour l’ajuster à l’évolution actuelle du marché.
Notre objectif, c’est l’inclusion financière. Or nous avons constaté que, sur certains services, la grille actuelle était beaucoup plus onéreuse qu’elle ne devrait l’être, et nous avons donc apporté les ajustements nécessaires. Rappelons également que le gouverneur de la BEAC a lancé, il y a quelques jours (le 29 juillet 2026, Ndlr), le service de paiement par QR code. Il était donc important pour nous de définir une tarification qui favorise le paiement marchand à travers ce nouvel instrument.
Voilà les raisons pour lesquelles nous avons travaillé avec l’ensemble de l’écosystème afin de redéfinir non seulement les grilles, mais aussi les paliers de tarification. Un exercice d’autant plus délicat que cet écosystème est hétéroclite : on y trouve des banques, des établissements de microfinance, des établissements de paiement, des agrégateurs, chacun avec son propre modèle économique. Il fallait donc trouver un terrain d’entente, un consensus qui satisfasse tout le monde. C’est cet exercice que nous venons de mener.
Que vise la nouvelle grille que vous venez d’élaborer ?
L’objectif, c’est de rendre le service de l’interopérabilité accessible aux populations de la CEMAC. Nous entendons souvent dire que les services d’interopérabilité, que le GIMAC, sont chers. Ce que nous avons essayé de faire, c’est de trouver le juste prix, pour que le coût d’un service rendu en interopérabilité ne soit pas trop différent de celui du même service rendu en circuit privatif, c’est-à-dire, par exemple, lorsqu’un opérateur facture une transaction entre ses propres clients. L’idée est de favoriser davantage de transactions entre les différents opérateurs.
Cela permettra d’augmenter le volume de transactions dans l’interopérabilité et de faciliter la mobilité des populations de la CEMAC : lorsqu’elles se déplacent d’un pays à l’autre, elles pourront continuer à utiliser l’instrument de paiement de leur pays d’origine.
On entend régulièrement les consommateurs se plaindre d’un écart de tarification entre les cartes bancaires et le paiement mobile. Qu’en est-il réellement ?
C’est précisément ce que nous avons essayé de corriger. C’est-à-dire, rapprocher le coût des services, quel que soit l’instrument utilisé (mobile, carte ou compte bancaire), pour que la tarification soit la plus homogène possible. Il faut savoir que ces services dépendent des participants, qui ont des modèles économiques différents. Un banquier n’a pas la même structure de coûts qu’un établissement de paiement.
Il est donc difficile de trouver le juste équilibre. C’est cet exercice que nous avons mené pendant deux jours (du 30 au 31 juillet 2026 Ndlr.), pour rapprocher les points de vue des uns et des autres. Nous sommes heureux de constater que nous avons trouvé des compromis qui répondent non seulement aux préoccupations économiques de chacun, mais surtout qui rendent le service beaucoup plus accessible aux populations de la CEMAC.
Quel calendrier envisagez-vous pour la mise en vigueur de cette nouvelle grille ?
Après ce travail, nous allons nous concerter avec la Banque centrale, qui est en réalité responsable de cette activité. Il s’agira de vérifier si les compromis trouvés répondent à ses préoccupations, elle qui est garante de la monnaie et qui œuvre pour le développement de l’inclusion financière. Si elle donne son accord, ce tarif sera validé au Comité de direction du GIMAC, qui se tiendra probablement au mois de septembre. Nous espérons que ces tarifs entreront en vigueur le 1er janvier 2027.
Pouvez-vous nous parler des compromis qui sont ressortis de ces travaux ?
Le compromis, c’est que chacun a accepté de lâcher un peu de terrain pour que les tarifs du GIMAC deviennent enfin digestes pour l’ensemble de l’écosystème. Ce fut un exercice d’équilibriste : concilier les modèles économiques de participants aussi divers que les banques, les établissements de paiement ou les opérateurs de mobile money, sans sacrifier l’objectif premier, qui reste l’accessibilité pour le consommateur final.
La tendance générale est que les tarifs ont été revus à la baisse, dans quasiment tous les compartiments de l’interopérabilité. Et la mesure la plus emblématique de cette nouvelle grille concerne certainement le paiement marchand, désormais plafonné à 1 %. C’est un signal fort envoyé au commerce de détail. Ce coût n’est pas répercuté sur le client final, c’est le commerçant qui le supporte intégralement. C’est, à mon sens, l’esprit même de cette réforme. C’est-à-dire, rapprocher le prix de l’interopérabilité de celui des transactions internes, pour que payer d’un opérateur à l’autre, d’un pays à l’autre, ne soit plus un frein, mais un réflexe.
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