Eau et électricité : À N’Djamena, le Gabon justifie la scission de la SEEG par le poids de sa dépense publique

Le Gabon a décrété un état d’urgence hydrique au premier semestre 2026, après plus de 1 000 milliards de FCFA investis dans la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) depuis 2023. Devant ses homologues réunis au Forum africain de l’eau le 15 juillet 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté la scission de l’opérateur public en deux entités comme la réforme censée mettre fin à cet écart entre dépense et service rendu.
Le Gabon arrive au Forum africain de l’eau avec un bilan chiffré et une question en suspens : comment transformer un effort budgétaire déjà engagé en amélioration mesurable du service rendu aux ménages et aux entreprises. Depuis 2023, l’État a mobilisé plus de 1 000 milliards de FCFA en faveur de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Selon un décompte relayé par la presse économique locale, 35 milliards ont été mobilisés pour l’acquisition de transformateurs, 8 milliards pour des forages destinés au Grand Libreville, 12 milliards pour des groupes électrogènes, auxquels s’ajoutent 85 milliards obtenus auprès de la Banque africaine de développement et 150 milliards de FCFA de dette accumulée envers les fournisseurs de l’opérateur.
Malgré ce niveau de dépense, les délestages et les coupures d’eau persistent dans le Grand Libreville, à Port-Gentil et dans plusieurs localités de l’intérieur. Le parti au pouvoir, l’Union démocratique des Bâtisseurs, a lui-même interpellé la SEEG en juin sur l’écart entre les moyens engagés et les résultats obtenus. Pour les entreprises, la facture s’accumule hors des statistiques officielles : achat de groupes électrogènes de secours, pertes d’exploitation lors des coupures, dégâts sur les équipements sensibles du froid alimentaire et médical, chiffrés en centaines de millions de francs CFA par épisode.
C’est ce constat que le président Brice Clotaire Oligui Nguema a porté le 15 juillet 2026 devant ses homologues à N’Djamena, en le présentant, non comme un échec, mais comme un point de départ pour une nouvelle étape. Il a rappelé que le Gabon avait décrété un état d’urgence hydrique au premier semestre 2026 et affirmé que « disposer de ressources hydriques ne suffit pas sans une gouvernance solide, des infrastructures fiables et un financement adéquat », insistant sur la nécessité d’allier réformes, investissements et bonne gouvernance.
La réponse structurelle prend la forme d’une séparation de la SEEG en deux sociétés d’économie mixte, « La Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon », actée le 25 juin en Conseil des ministres, ainsi que d’un Pacte national hydrique et d’un portefeuille de projets prioritaires présentés à N’Djamena. Le changement de modèle vise, selon le gouvernement, à isoler les comptes de chaque activité et à rendre visibles les besoins de financement propres à l’eau, jusqu’ici mêlés à ceux de l’électricité au sein d’un même opérateur.
Devant le Forum, le chef de l’État a formulé cette bascule dans les termes suivants : « Nous avons la ressource, nous avons désormais la réforme du secteur, nous avons le portefeuille de projets. Pour aller plus vite, il nous manque la force du collectif que ce Forum incarne. » La phrase resitue la dépense publique déjà consentie dans un cadre institutionnel nouveau, où l’enjeu porte moins sur le montant des financements que sur la capacité des deux futures entités à convertir ces montants en service continu.
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