Cemac : La BEAC mise sur la donnée pour desserrer l’étau du financement bancaire

(Leconomie.info) – Avec le déploiement progressif du Bureau d’information sur le crédit dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), la BEAC veut doter les banques d’un historique régional des emprunteurs. Cette réforme, présentée le 2 juillet dernier à Paris dans le cadre de la 4e édition de L’Economie Business Summit, est destinée à lever l’un des principaux freins au crédit dans la sous-région.
Réduire l’asymétrie d’information entre les établissements de crédit et les emprunteurs afin de relancer le financement de l’économie réelle. Tel est l’un des principaux leviers sur lesquels mise la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour stimuler le crédit dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Intervenant le 2 juillet 2026 à Paris, lors de la table ronde inaugurale de la quatrième édition de L’Économie Business Summit, consacrée à l’architecture financière de l’Afrique francophone, Habib Doutoum Mahamat Nassour, Directeur central de la stabilité financière à la BEAC, a rappelé que le financement du secteur privé demeure l’un des principaux défis de la sous-région.
« Les banques rechignent à donner du crédit au privé », a-t-il déclaré, soulignant que les établissements financiers privilégient encore largement les titres publics, jugés plus sûrs et plus rentables. Cette préférence contribue à un effet d’éviction qui limite les financements destinés aux entreprises, notamment les PME, ainsi qu’aux particuliers.
Pour inverser cette tendance, la banque centrale a engagé une profonde réforme de l’écosystème de l’information sur le crédit. Depuis deux ans, elle a renforcé la centrale des risques bancaires de la CEMAC, désormais interconnectée à l’échelle communautaire. Ce dispositif permet à une banque implantée dans un État membre de consulter l’historique d’endettement d’un emprunteur ayant déjà contracté des crédits dans un autre pays de la sous-région.
Une infrastructure régionale de la donnée financière
Cette architecture publique est désormais complétée par un opérateur privé spécialisé. La société Creditinfo Central Africa (CICA) a obtenu son agrément définitif le 21 novembre 2025 pour exploiter le Bureau d’information sur le crédit de la CEMAC (BIC CEMAC), une initiative développée avec l’appui de la Société financière internationale (IFC), filiale du Groupe Banque mondiale.
Le lancement officiel du dispositif est intervenu le 20 janvier 2026 à Douala. Son déploiement s’est ensuite poursuivi au Tchad, en République centrafricaine puis en République du Congo, où il est devenu opérationnel le 24 juin dernier. Le Gabon et la Guinée équatoriale devraient être les prochaines étapes avant une couverture complète de l’espace communautaire, visée pour fin 2028.
Conformément aux engagements prévus dans son cahier des charges, CICA devra couvrir au moins 60 % des établissements soumis à la supervision de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) à cette échéance.
Au-delà de son volet technologique, cette réforme poursuit un objectif économique majeur. En mettant à la disposition des prêteurs des informations fiables sur le comportement de remboursement des emprunteurs, la BEAC entend réduire l’incertitude qui pèse sur les décisions d’octroi de crédit.
Les bureaux d’information sur le crédit constituent aujourd’hui un maillon essentiel des systèmes financiers modernes. Ils permettent aux banques d’évaluer plus précisément le risque, de raccourcir les délais d’instruction des dossiers et, à terme, d’améliorer les conditions de financement des emprunteurs les plus solvables.
Pour la banque centrale, l’enjeu est également macroéconomique. Malgré une liquidité bancaire globalement abondante, le ratio de crédit au secteur privé demeure inférieur à celui observé dans plusieurs économies africaines comparables. En renforçant la transparence et la circulation de l’information financière, la BEAC espère lever l’un des principaux obstacles structurels au développement du crédit, favoriser l’investissement productif et soutenir une croissance davantage portée par le secteur privé plutôt que par la dette publique.
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